Rencontre avec Mama Ouattara, référent VTI dans le Grand Est

Dans cette série d'articles, nous vous proposons de rencontrer les acteurs des villes et territoires intelligents (VTI) du Cerema dans les différente directions territoriales.

Bonjour Mama, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Je suis Mama OUATTARA, urbaniste de formation, diplômé de l’École africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU - Togo), avec une spécialisation par la suite en ville durable et systèmes urbains intelligents obtenue à Polytech Lille.

J’ai débuté mon parcours professionnel à l’international principalement en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Togo, où j’ai travaillé en tant que chargé d’études dans des bureaux d’études en urbanisme, aménagement et planification urbaine.

En 2022, j’ai rejoint la startup Natura City, filiale de Nexity, spécialisée dans l’adaptation au changement climatique (CC), l’innovation urbaine et nature en ville. J’y ai accompagné les collectivités dans l’adaptation au CC et la transition écologique de leurs projets urbains et immobiliers via des études de simulations d’îlots de chaleur, de stratégies de création d’îlots de fraîcheur, d’intégration de la nature en ville, stratégies bioclimatiques, ou encore évaluations carbones de projets urbains et immobiliers. Une expérience très formatrice sur la manière de concilier urgence climatique, innovation et projets de territoire durable.

En quoi consiste ton activité au Cerema ?

J’ai rejoint le Cerema Grand Est en septembre 2024 en tant que responsable d’études en ville durable, appui socio-économie et référent Villes et Territoires Intelligents (VTI). 

Mes missions s’organisent autour de trois volets complémentaires :

  • Ville durable : je contribue et accompagne les territoires sur les stratégies d’adaptation au changement climatique : îlots de chaleur, nature en ville, surchauffe urbaine, et sur des projets d’aménagement durable à travers des études, ateliers, balades urbaines, des démarches d’intelligence collective et de sensibilisation ….

  • Appui socio-économie aux territoires : je contribue aux études de transformation durable des zones d’activités économiques : optimisations foncières, stratégie de reconversion des friches, déploiement de démarches de transition écologique pour les acteurs économiques…

  • Villes et territoires intelligents (VTI) :  je participe à des programmes et démarches d’accompagnement des collectivités dans la co-construction bout en bout de stratégie de gouvernance de la donnée et de déploiement d’un cas d’usage numérique : allant de l’étude de faisabilité au cahier des charges d’expérimentation en passant par des ateliers d’intelligence collective, à l’analyse coût bénéficies et méthode de gouvernance donnée adaptée. L’enjeu : faire de la donnée un levier d’action publique utile, sobre et partagé.

Peux-tu nous donner un exemple de projet sur lequel tu travailles avec un territoire ? 

En tant que référent VTI au Cerema Grand Est, en plus de participer à plusieurs groupes de travail autour de la donnée et du numérique, je travaille à structurer une feuille de route interne afin d’identifier nos compétences métiers liées à la donnée et de proposer une offre adaptée aux besoins des collectivités en matière de gouvernance des données et de transition numérique. 

Plusieurs sollicitations sont déjà en cours, même si certaines restent exploratoires.

A ce jour, J’ai également eu l’opportunité de participer au programme Capacities V2, un programme d’accompagnement conçu et piloté par le Cerema, visant à appuyer les collectivités dans la mise en place de leurs projets de transition numérique et de gouvernance de la donnée, de l’idée jusqu’au déploiement de cas d’usage. Le principe est de réunir autour de la même table les collectivités, les acteurs publics et les entreprises du secteur privé afin de co-construire des cas d’usage numériques concrets.

Cette deuxième édition a regroupé la Ville de Paris, Paris La Défense, Paris Ouest La Défense, Fécamp et Metz Métropole. 

À partir du cas d’usage propre à chaque territoire, le programme s’est structuré autour d’ateliers multi-acteurs couvrant l’ensemble du cycle projet : clarification du « pourquoi », définition des besoins et des indicateurs, réflexion sur le modèle économique de la donnée et les enjeux d’interopérabilité, jusqu’au prototypage.

Dans ce cadre, j’ai participé à la co-conception des outils d’atelier et à la co-animation des ateliers multi-acteurs.

Quelles sont les "tendances" que tu observes des projets dans les territoires ?

On observe un intérêt croissant des collectivités pour la donnée, notamment comme levier pour mieux comprendre leur territoire et piloter l’action publique. L’intelligence artificielle, les plateformes de données ou encore les outils de visualisation suscitent curiosité et intérêt… mais aussi prudence et interrogations.

D’une part, ces sujets restent souvent perçus comme très techniques, voire réservés à des experts, ce qui peut freiner les collectivités disposant de peu d’ingénierie interne dans l’engagement de telles démarches.

D’autre part, la question de la souveraineté des données revient fréquemment : maîtrise, hébergement, gouvernance, valorisation des données publiques… Ces enjeux renforcent le besoin d’un tiers de confiance public, comme le Cerema, pour accompagner les territoires.

Autre tendance forte : un manque d’ingénierie pour initier ou suivre les projets numériques/data. Cela limite leur développement ou pousse à des solutions ponctuelles, souvent cloisonnées.

Autre tendance marquante : un déficit d’ingénierie pour initier, structurer ou suivre les projets numériques et data. Cela limite leur déploiement ou conduit à des solutions ponctuelles, parfois cloisonnées.

Enfin, la chaîne de valeur de la donnée est rarement maîtrisée de bout en bout de la collecte au traitement, en passant par la gouvernance, la mutualisation et la valorisation. Les projets restent souvent sectoriels, sans vision intégrée et transversale à l’échelle du territoire.

Ces constats montrent que la montée en compétence sur les enjeux de gouvernance, d’appropriation et de stratégie numérique est tout aussi essentielle que l’accès aux outils ou aux plateformes eux-mêmes.

Quels sont pour toi les enjeux principaux pour que le numérique soit utile au développement durable de nos territoires ?

Un projet numérique n’a de sens que s’il répond à un besoin réelclairement identifié, et centré sur les usages des habitants. Pour moi, cela suppose de replacer l’humain au cœur des démarches, et de partir des enjeux de territoire : sociaux, économiques, environnementaux.

Le numérique ne doit pas être une fin en soi, mais un levier au service d’un projet de territoire. Avant de parler d’outils, de plateformes ou de tableaux de bord, il faut s’interroger sur les problématiques à résoudre, les acteurs à mobiliser, les effets attendus. Cette posture oblige à sortir des logiques en silos pour adopter une vision systémique et intégrée.

Cela implique également de penser dès le départ :

  • La gouvernance de la donnée ;

  • L’interopérabilité entre les systèmes ;

  • Et les compétences à mobiliser pour construire un socle robuste, cohérent, et durable.

Un autre enjeu majeur, c’est la culture de la donnée. Pour que le numérique soit utile, il doit être compris, partagé et accessible à tous : élus, techniciens, partenaires. Cela suppose des actions d’acculturation, des retours d’expériences, et une montée en compétence progressive des territoires.

Il est tout aussi essentiel de mesurer et d’évaluer les effets des projets numériques : non seulement pour ajuster les actions, mais aussi pour réduire les écarts entre les intentions affichées et les résultats concrets. Cette évaluation doit couvrir l’impact environnemental, économique, social, mais aussi l’accessibilité, la transparence et l’éthique des usages.

Enfin, pour démocratiser ces démarches, il faut proposer des outils simples, des méthodes claires et des retours d’expériences réplicables, afin que toutes les collectivités, y compris les plus petites, puissent s’emparer du numérique comme d’un levier de transition territoriale juste, sobre et durable.

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